mercredi 1 décembre 2010

Pourquoi la croissance ne développe pas le Sénégal ?



Le leader du parti poliique Model économiste de formation s'interroge sur le rapport entre la croissance et le développement au Sénégal. La CNUCED vient de publier un rapport intitulé <>. L’étude constate que malgré une croissance régulière, certains pays continuent leur stagnation ; parmi ceux-ci le Sénégal. Notre pays a connu un cycle sinusoïdale avec une croissance de 2,6% entre (1981-1994), 4,3%(1994-2000), 4,6%(2000-2005), 5,9%(2003-2005) ; et une moyenne de 2,9% entre (2005-2010).


Il faut déjà signaler que même si cette moyenne générale était portée à 5%, il faudrait qu’elle soit constante pendant 30 ans pour doubler notre PIB par habitant et le porter à 1400$ en 2035 et ceci situerait encore le Sénégal parmi les PMA ; car le critère de sortie est de 1500$ par habitant. Alors faut-il désespérer de notre politique économique ?
Le Sénégal malgré ses différentes stratégies de croissance accélérée n’a jamais affiché une ambition pour un taux de croissance qui peut se situer autour de 8% pouvant ainsi nous sortir de l’ornière en 10 ans. Les taux de croissance positifs affichés pendant plus de 30 ans n’ont pas empêché le Sénégal de voir son économie sombrer. La pauvreté n’a jamais reculé, le système de santé s’est dégradé, le niveau de l’enseignement a baissé, les taux de chômage ont atteint des niveaux records, le déficit énergétique est devenu abyssal et la corruption récurrente. Il faut signaler que tous les fondamentaux de notre tableau de bord sont passés au rouge : déficit de la balance de paiement, explosion de la dette, tassement du PIB, augmentation des déficits budgétaires, une quasi inexistence de l’épargne et j’en passe …le rapport de la CNUCED qualifie de << non durable>> et de << non équitable>> le mode de croissance qu’ont connu les pma et j’y ajoute << non développante>>.
Mais comment se fait-il que la croissance n’a pas apporté le développement aux pays pauvres comme le  Sénégal ?
Utilisé aujourd’hui à tout bout de champ par les politiques pour apaiser les craintes de leurs électeurs ou pour donner la preuve de leurs performances économiques, la croissance est un sésame.
La notion de croissance est celle qui exprime aujourd’hui le mieux le triomphalisme de l’économie libérale dominante. Cette position éminente, la croissance l’a acquise dans les premières années de l’après guerre avec le fameux modèle DOMAR(1945). Cette formulation très utilisée par les hommes politiques, est souvent confondue avec deux autres notions : cycle et développement. La première exprime l’idée de retour au stade initial, le second l’idée de dépassement. Leur utilisation, pourtant très technique, vient du fait que l’intérêt général se porte sur le progrès économique et sa mesure.
Le terme de développement  échappe aux évaluations globales par ce qu’il n’y a que des mesures partielles (revenu par habitant, PNB …) la classe politique est arrivée à faire croire au citoyen lambda que la croissance signifie le développement .Ainsi, la première notion a pris le pas sur le second .Il faut aussi signaler la diversité des types de croissance .Tant dans leur nature que dans leur forme. L’expansion qui n’est qu’une phase ascendante du cycle économique est souvent confondue avec la croissance ; or c’est par un faisceau de phénomènes exogènes et plus souvent endogènes que le cycle atteint la crête entrainant une expansion. Ce phénomène par des retournements de conjoncture peuvent refaire tomber le cycle dans le creux entrainant une récession subite non attendue. Il faut faire la différence entre << la croissance idéalisée>> dont on parle toujours et <> qui est une dynamique de déséquilibres sociaux et économiques et qui est le vécu quotidien des individus. Nous remarquons dans nos pays depuis un certain temps un effet expansionniste toujours qualifié  de croissance. Mais cette <> est due à la conjonction de plusieurs facteurs. D’abord la dévaluation du franc CFA qui a entrainé l’augmentation d’une grande partie des exportations dans la production intérieure brut ; ensuite une attraction de capitaux provenant des institutions financières et bancaires sous forme de prêts de remises de dette, sans oublier les nouvelles formes d’outils financiers qui permettent au Sénégal d’avoir accès aux marchés financiers ( bot, emprunt obligataire) etc. Ces capitaux qui n’étaient pas d’origine privé ou local ont une importance relative. Ils permettent à nos pays de <>, et de s’équilibrer financièrement, mais ils ne contribuent pas à une transformation radicale à notre système de production avec tout ce  que cela comporte comme conséquences : manque de compétitivité, chômage endémique, vétusté des infrastructures, etc. D’où le danger pour cet <> qui gonfle les chiffres sans faire bouger le niveau de vie des populations, et qui ne créent qu’une <>. La vraie croissance économique est définie comme une augmentation soutenue pendant une période prolongée de la quantité de biens et de services matériels que produit une économie.  Pendant la période ou il est possible de faire des observations quantitatives, la croissance de qualité absolue des biens et services produits doit être associées à l’augmentation du bien être matériel moyen. L’économiste Simon Kuzents l’a défini comme <> . Le fait de calculer la croissance, en comparant la production totale d’une économie à différentes époques, pose d’énormes problèmes méthodologiques : la mesure la plus connue du produit réel de l’économie est le PNB, qui mesure la quantité totale de biens et services produits dans une économie pendant une période comptable, celle de l’année. On peut le faire aussi par le calcul du taux de variation moyen du PNB réel. Le PNB est certainement l’une des mesures les plus contestées en matière économique, car la quantité du produit mesurée et sa croissance changent avec la base retenue pour évaluer les différents produits. Laissant de côté la dimension sociale et le bien être des hommes, le PNB est n’est ainsi qu’une construction utile, et fort contestable. Des économistes américains ont essayé de le remplacer par le PQIL (Physical Quality Index of Life ) qui intègre une plus grande réalité sociale ( bien être des hommes, logement , soins médicaux, éducation etc ). Il faut signaler que la mesure de la croissance actuelle laisse de côté en partie la question fondamentale de la production non marchande et qui échappe au secteur étatique dans nos pays et qui est essentielle. On peut citer les biens et services produits au sein de la famille, l’économie sociale etc. Cette mesure de la croissance laisse aussi de côté l’amélioration des conditions de travail, l’augmentation du temps de loisir, les services de santé… Cette insuffisance méthodologique dans les modes de calcul n’a fait qu’augmenter la confusion. Certes, on ne peut nier que la croissance et le développement sont indispensablement liés. Mais on oublie presque toujours la finalité des deux notions. Il faut cependant que l’on passe de la notion de croissance à celle de développement intégral qui serait autant économique, social que culturel. Il est certain que le développement économique d’un pays ne peut se faire que sous des mécanismes de croissance économique. Mais pour qu’il y ait  développement économique, il faut qu’il y ait croissance prolongée. Une expansion courte et éphémère ne doit pas être confondue avec une croissance. La durée d’un programme ou d’un plan de quatre ou cinq ans peut laisser apparaître une prospérité qui, si elle est mal répartie, ne peut résorber le sous développement et peut même entrainer des déséquilibres. Une croissance valorisante doit s’accompagner d’une diversification des activités économiques et suppose la création d’infrastructures (routes, barrages, grands projets agricoles) pour viabiliser les investissements directement productifs (les usines ; les exploitations agricoles, les centres commerciaux etc), mais aussi d’une lutte contre la corruption facteur de tous les disfonctionnements et d’un partage équitable des ressources. Ce qui suppose de longs délais de croissance soutenus. Si la croissance  à économique se poursuit au rythme de 7 à 8% par an pendant quinze ans dans un pays doté d’un espace économique de grande ou moyenne dimension, elle s’accompagne alors nécessairement d’effets de développement économique. Des pays comme la Botswana,le cap vert, l’ile Maurice, la Tunisie, le Maroc, la Chine sont des exemples probants. L’obtention d’une croissance durable maîtrisée afin d’éviter une désagrégation sociale est nécessaire. La plupart des pays sous-développés ont des croissances appauvrissantes néo-malthusienne avec des limites écologiques à la croissance économique, ainsi que des distorsions financières. Ce qui est le cas actuellement du Sénégal ou le gouvernement de l’alternance par son <> dépense de l’argent qu’il n’a pas (dépenses extrabudgétaires, emprunt, don etc..). Elle repose sur le simple fait qu’une amélioration de la capacité de certains produits déjà  exportés tend à faire baisser les prix sur les marchés ou qu’une embellie mondiale cache la réalité à un tel point que la croissance devienne factice et dommageable. Ce schéma s’est vérifié dans le cas de plusieurs matières premières. Et l’on a souvent parlé de détérioration des termes de l’échange. Il ne faut pas oublier que nos pays sont fortement dépendants du commerce extérieur avec une demande étrangère pour les biens d’exportation presque inélastique. Les états sous-développés suivent de manière quasi-absolue les préceptes des avantages comparatifs et favorisent ainsi la croissance appauvrissante. Il faut de ce point de vue une restriction des importations de biens industriels fabriqués sur place pour protéger nos industries et combattre les barrières douanières dressées par les pays développés pour empêcher l’entrée de nos produits dans leur territoire ; et ceci en utilisant les flexibilités prévues par les règle du commerce international .            
Les indicateurs de croissance peuvent souvent être de faux indices de bien être et de prospérité issus d’un raisonnement dialectique européen. Calculée dans nos pays à l’aide des statistiques, peu fiables et ne tenant pas compte des réalités sociologiques internes, la notion de croissance a des limites. En outre il faut éviter de leur coller une étiquette politique car les redistributions des produits de la croissance ne sont jamais immédiates. Et les méthodes occultes, utilisées pour doper les chiffres, cachent souvent le poids des sacrifices liées à toute croissance imparfaite, l’endettement, l’inflation, l’urbanisation, les inégalités sociales. Le gouvernement du Sénégal se doit de réorienter sa politique économique pour inverser la tendance et développer ses capacités productives grâce à une augmentation de l’investissement et de l’innovation, une réforme économique globale et symétrique est une nécessité. Il est quasi indispensable au niveau des institutions internationales d’élaborer une nouvelle génération de mécanismes financiers internationaux et spéciaux  adapter à nos urgents besoins ceci pour changer la donne et favoriser une croissance appropriée.
 Dans un cadre mondialisé, l’Afrique doit fédérer ses ressources et ses compétences pour faire de notre expansion une croissance durable et équilibrée, seul source de vrai développement.
Ibrahima Sall
Economiste-Président du MODEL

2 commentaires:

Anonyme a dit…

cette analyse est pertinante, IBRAHIMA SALL est l'un des rares hommes politiques africains armé sur le plan économique pour résoudre nos difficultés. Bravo

francois paris a dit…

Au moins avec lui on a du neuf. Ibrahima sall doit etre encouragé.