lundi 19 juillet 2010

A Vienne, Bill Clinton fait son show

TRIBUNEL’ancien président américain, devenu un acteur majeur de la lutte contre le sida, sait manier les bons mots. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu'en tant que Président, son bilan contre le sida était loin d’être globalement positif. Il est 9 heures du matin et depuis 20 minutes, Bill Clinton, premier orateur de la conférence en ce lundi matin, fait son show. L’ancien président américain, devenu un acteur majeur de la lutte contre le sida, sait manier les bons mots, passer du registre émotionnel, quand il raconte l’histoire des enfants affectés par le sida, à l’anecdote humoristique. «Ce qui est bien avec le fait de ne plus être président, c’est que je peux dire ce que je veux. Bon, le problème, c’est que plus personne ne m’écoute». Cette dernière blague, je l’avais déjà entendu à la conférence de Barcelone, il y a huit ans. Puis sans doute à celle de conférence de Mexico en 2008. J’écoute Bill Clinton, et je ne peux m’empêcher de penser que lorsqu’il était Président, entre 1992 et 2000, son bilan contre le sida était loin d’être globalement positif. Il renforça pour les séropositifs l’interdiction d'entrée aux Etats-Unis. Il ne fit rien pour la prévention, notamment en direction des gays et des Blacks, et sur le front international, il fut un ardent défenseur des intérêts de l’industrie pharmaceutique américaine, notamment lorsque les firmes intentèrent un procès (qui fut néanmoins perdu) contre l’Afrique du Sud, qui voulait briser leur monopole sur l’accès aux médicaments. Bill Clinton a changé d’avis. Selon l’adage, c’est une marque d’intelligence. Il connaît la situation de l’épidémie. Il peut se targuer, à travers sa fondation, de financer l’accès au traitement pour des centaines de milliers de personnes dans le monde. Défense appuyée de la politique d'Obama Mais Bill Clinton n’est pas devenu un citoyen du monde. Il reste un Américain, et un ambassadeur du modèle américain. Ce matin, après une défense appuyée de la politique de Barack Obama, qui n’avait pas grand chose à voir avec le thème de cette conférence, il a demandé à la salle d’applaudir le responsable de PEPFAR, le gigantesque programme international sur le sida, lancé par George W. Bush et qui dispose d’un trésor de guerre de 48 milliards de dollars jusqu’en 2014. Clinton a même réussi à souligner la bonne volonté du géant pharmaceutique Pfizer, qui allait diminuer de 60% le prix de ses traitements. Et s’est bien gardé de désigner des coupables. Il n’y a autour de lui (comprendre: aux Etats-Unis) que des «good guys», des braves gens qui ne demandent qu’à être convaincus. Brillantissime orateur J’écoute ce brillantissime orateur, et, à ce stade de la réthorique clintonienne, je ne peux m’empêcher de penser que sa mission dépasse la simple question du sida. Il sait que du haut de cette tribune, à Vienne, il s’adresse à une foule de délégués entièrement conquise à sa cause et qu’il y fera un tabac. Un bon point pour son ego et pour la couverture médiatique de ses propos. Il sait aussi que, face à la montée en puissance de la Chine et des pays émergents sur le terrain économique, les Etats-Unis ont une longueur d’avance dans la bataille de l’image. Et la lutte contre le sida, dans sa dimension épique, reste une de leurs meilleures armes de communication.

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